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Sommeil de la femme · Apnée du sommeil

Apnée du sommeil chez la femme : des signes différents, souvent passés inaperçus

Par Méryl Manoukian, kinésithérapeute au Pôle Sommeil de la clinique Bel-Air · mis à jour le 09/10/2026

En bref : l'apnée du sommeil n'est pas une maladie d'homme. Elle touche aussi beaucoup de femmes, surtout après la ménopause1,10, mais elle est très souvent non diagnostiquée chez elles2,3. La raison principale : les femmes décrivent plus souvent de la fatigue, une insomnie, des maux de tête au réveil ou un moral en baisse que le ronflement bruyant et les pauses respiratoires « classiques »4,5. Si vous vous reconnaissez, parlez-en à votre médecin.

Une maladie longtemps vue comme masculine

L'apnée obstructive du sommeil correspond à des fermetures répétées de la gorge pendant le sommeil, qui fragmentent les nuits et font baisser l'oxygène. Selon les estimations, elle touche jusqu'à 49 % des hommes et 23 % des femmes1. Une femme sur quatre ou cinq : c'est loin d'être rare.

Pourtant, les spécialistes estiment que jusqu'à 75 % des femmes concernées ne sont pas diagnostiquées2, et jusqu'à 90 % pour les formes sévères selon une autre revue3. Ces chiffres sont des estimations, mais toutes les revues récentes vont dans le même sens1,2,3,6.

Des signes qui ne ressemblent pas au cliché

Dans une étude de 2 827 patients apnéiques, les hommes signalaient plus souvent des pauses respiratoires observées par leur conjoint. Les femmes, elles, rapportaient plus souvent4 :

Une étude italienne de 2026 confirme ce profil : sommeil non réparateur, difficultés d'endormissement, réveils nocturnes pour uriner, anxiété, sueurs nocturnes. Et à sévérité égale, les femmes avaient plus de symptômes que les hommes5.

Ces signes sont facilement attribués à autre chose : le stress, la charge mentale, la ménopause, une dépression. C'est l'une des raisons du retard de diagnostic1,6.

Une apnée qui se présente autrement

Chez la femme, les enregistrements du sommeil montrent souvent un profil particulier2,6 :

Plus d'hypopnées que d'apnéesDes fermetures partielles plutôt que complètes, avec des micro-éveils. L'indice d'apnées-hypopnées est souvent plus bas que chez l'homme, alors que la gêne ressentie est réelle4,6.
Une apnée qui se concentre dans le sommeil paradoxalDans une cohorte de plus de 2 000 patients, cette forme concernait 25 % des femmes contre 12 % des hommes7.
Un seuil d'éveil plus basLe cerveau se réveille plus facilement à chaque gêne respiratoire : 61 % des femmes contre 41 % des hommes dans une étude récente8. Résultat : un sommeil très fragmenté, et des symptômes proches de l'insomnie.

Conséquence pratique : les questionnaires de dépistage, construits surtout à partir de patients masculins, repèrent moins bien les femmes, en particulier les plus jeunes1,9.

La ménopause, un tournant

Le risque augmente nettement après la ménopause, au-delà du seul effet de l'âge1. Dans une étude de 1 315 femmes adressées à un centre du sommeil, l'apnée concernait 47 % des femmes ménopausées contre 21 % des femmes non ménopausées, et l'écart persistait après prise en compte du poids et du tour de cou10. Dans la population générale, une grande étude américaine retrouve le même sens : l'apnée est rare avant la ménopause et devient plus fréquente après11.

Une ménopause chirurgicale (ablation des ovaires) est associée à un risque d'apnée plus élevé de 27 % par rapport à une ménopause naturelle12. Les hormones féminines participent en effet à la stabilité de la respiration pendant le sommeil1.

Pour en savoir plus sur cette période, lisez Ménopause et sommeil : ce qui aide vraiment. Le ronflement qui apparaît pendant la grossesse est traité dans Dormir enceinte.

Pourquoi ne pas laisser passer

Une grande cohorte danoise de plus de 75 000 patients apnéiques montre que les femmes concernées avaient, bien avant leur diagnostic, davantage de consultations et de problèmes de santé. Après ajustement sur les autres maladies, le risque de décès était plus élevé de 28 % chez les femmes apnéiques par rapport à des femmes témoins, alors que la différence n'était pas significative chez les hommes13. Il s'agit d'une étude d'observation, qui ne prouve pas un lien de cause à effet, mais elle souligne le coût d'un diagnostic tardif.

Le traitement fonctionne aussi bien chez la femme

Dans un essai randomisé portant sur l'apnée légère, les femmes avaient une moins bonne qualité de vie au départ, mais elles ont davantage gagné en vitalité et en somnolence avec la PPC que les hommes14.

L'adaptation à l'appareil peut en revanche être plus difficile :

Selon les cas, d'autres traitements peuvent être discutés avec votre médecin, comme l'orthèse d'avancée mandibulaire dans les formes légères à modérées2. Si vous avez du mal avec votre appareil, lisez PPC mal tolérée : que faire ?

Ce que je vous propose

Je ne pose pas de diagnostic : c'est le rôle de votre médecin et de l'enregistrement du sommeil. Mon rôle, c'est de vous aider à faire le point sur vos nuits, de vous orienter vers la bonne consultation si besoin, puis de vous accompagner : habituation à la PPC ou à l'orthèse, habitudes de sommeil, activité physique, en visio. Toujours en lien avec votre médecin.

Parlez-en à votre médecin si vous ronflez, si l'on a observé des pauses dans votre respiration, si vous vous réveillez fatiguée malgré des nuits suffisantes, avec des maux de tête, ou si vous somnolez au volant. Une fatigue ou une insomnie qui dure mérite aussi d'évoquer l'apnée du sommeil, surtout après la ménopause.
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Questions fréquentes

Je ne ronfle pas fort : puis-je quand même avoir une apnée du sommeil ?

Oui. Chez la femme, l'apnée se manifeste souvent par une fatigue, une insomnie, des maux de tête au réveil ou des réveils nocturnes, sans ronflement bruyant. Seul un enregistrement du sommeil prescrit par un médecin permet de poser le diagnostic.

Pourquoi le risque augmente-t-il après la ménopause ?

La baisse des hormones féminines, qui participent à la stabilité de la respiration pendant le sommeil, et les changements de répartition des graisses vers le cou et l'abdomen y contribuent. Les études montrent une augmentation du risque au-delà du seul effet de l'âge.

Mon insomnie peut-elle être une apnée du sommeil ?

C'est possible : chez la femme, l'apnée provoque souvent des micro-éveils qui ressemblent à une insomnie. Les deux peuvent aussi coexister. Si votre insomnie s'accompagne de ronflement, de fatigue importante ou de maux de tête au réveil, parlez-en à votre médecin.

La PPC est-elle aussi efficace chez la femme ?

Oui. Les études montrent que les femmes en tirent un bénéfice au moins équivalent, notamment sur la vitalité et la somnolence. L'adaptation au masque peut demander un peu plus d'accompagnement au début.

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Méryl Manoukian, masseur-kinésithérapeute depuis plus de 10 ans au Pôle Sommeil de la clinique Bel-Air à Bordeaux, enseignante au DU de chirurgie maxillo-faciale de Bordeaux, co-autrice d'un ouvrage sur les orthèses d'avancée mandibulaire et l'apnée du sommeil (Ellipses, 2022).

Références

  1. Dunietz GL et al. Obstructive sleep apnea in women: associations with reproductive aging and screening challenges. Chest, 2025.
  2. Bouloukaki I et al. Advances in the diagnosis and treatment of obstructive sleep apnea in women. Pulm Ther, 2026.
  3. Kumar S et al. Sex differences in obstructive sleep apnea. Clin Chest Med, 2021.
  4. Basoglu OK, Tasbakan MS. Gender differences in clinical and polysomnographic features of obstructive sleep apnea: a clinical study of 2827 patients. Sleep Breath, 2018.
  5. Trotta L et al. Women and obstructive sleep apnoea syndrome: can we finally ask the right questions? The OSAF study. Sleep Med, 2026.
  6. Bonsignore MR et al. Sex differences in obstructive sleep apnoea. Eur Respir Rev, 2019.
  7. BaHammam R et al. The associations of gender, menopause, age, and asthma with REM-predominant obstructive sleep apnea. Nat Sci Sleep, 2020.
  8. Citton G et al. Sex differences in low arousal threshold in obstructive sleep apnea. Respir Med, 2025.
  9. Tzinas A et al. Age and sex matter: phenotypic heterogeneity, diagnostic gaps, and screening tool performance in obstructive sleep apnea, a 10-year sleep clinic cohort. Diagnostics, 2026.
  10. Dancey DR et al. Impact of menopause on the prevalence and severity of sleep apnea. Chest, 2001.
  11. Bixler EO et al. Prevalence of sleep-disordered breathing in women: effects of gender. Am J Respir Crit Care Med, 2001.
  12. Huang T et al. Type of menopause, age at menopause, and risk of developing obstructive sleep apnea in postmenopausal women. Am J Epidemiol, 2018.
  13. BaHammam AS. The gender gap in obstructive sleep apnea: unmasking the disproportionate costs on women (éditorial sur la cohorte danoise de Jennum et al.). Sleep, 2025.
  14. Wimms AJ et al. Mild obstructive sleep apnoea in females: post hoc analysis of the MERGE randomised controlled trial. ERJ Open Res, 2024.
  15. Patel SR et al. Age and gender disparities in adherence to continuous positive airway pressure. Chest, 2020.
  16. Vidal C et al. Mask side-effects are related to gender in long-term CPAP: results from the InterfaceVent real-life study. Respir Res, 2024.
  17. Morris JL et al. Women's experiences with continuous positive airway pressure for treatment of obstructive sleep apnea: a qualitative study. Behav Sleep Med, 2025.

Cette page donne une information générale. Elle ne remplace pas l'avis de votre médecin ni de votre prestataire.